plume.gifMercredi soir, 23 h 10, à la télé, un film d’horreur de haute volée passe sur une chaine perdue dans la numérotation de toutes ces chaines que l’on peut avoir avec une « box ». Le chat veut sortir sur la terrasse, je lui ouvre la fenêtre. Laissons-la ouverte pour ne pas avoir à se lever pour permettre au chat de rentrer. C’est bête un chat. Cela veut toujours être de l’autre côté d’une fenêtre.

 

Dehors des bruits, sûrement des enfants qui chahutent. A cette heure, ils devraient dormir. Les échanges sont plus violents. Curieux, je baisse le son de la télévision, puis j'appuie sur la touche stop. C'est bien la technologie, cela permet la curiosité sans perdre une seconde de son film. « Laisse-le, il a eu son compte ». Euh… Là, plus de doutes, ce n’est pas des enfants qui s’amusent. J’enfile mon manteau, chausse mes baskets. Je descends voir ce qu’il se passe. Sur la place, pas un geste, même les arbres semblent immobiles. J’avance un peu plus. On ne se sait jamais, parfois les poubelles brûlent dans ce secteur. Par terre, entre les voitures, jonche un corps parmi les feuilles mortes.

 

Le jeune homme est en vie mais semble dans un sale état. « Veux-tu que j’appelle les pompiers ? » Il acquiesce. Je tâte mes poches. Zut, le téléphone est resté dans l’appartement. Il faut bien recharger la batterie. « Bon, bouge pas, je vais chercher mon téléphone ». Quatre à quatre, je monte les escaliers. J’attrape le téléphone, je compose le 112 en redescendant. Une opératrice me répond. Je donne mon adresse et j’attends les secours au côté de l’homme toujours allongé.

 

« As-tu froid, veux-tu mon manteau ? » « Comment t-appelles-tu ? » « Enchanté Djibril, moi c’est Pierre » « Que s’est-il passé ? » « Ils te sont tombés dessus à huit ». « Les secours arrivent dans quelques instants ».

 

Deux silhouettes surgissent du noir de la nuit. « Monsieur, vous n’auriez pas vu un gars ? ». Mince, ce n’était pas prévu cela. En réalité, rien n’était prévu. Est-ce les agresseurs qui reviennent ? Est-ce des copains ? Dans le doute, je réponds par la négative. Ah re-mince, ils ont vu la masse allongée sur le sol. « Djibril, lève-toi, on s’en va ». Ils l’attrapent, le mettent debout. J’interviens « Eh les gars, les pompiers arrivent, laissez-le là » « regardez-le, il a le visage en sang, une bosse sur le crâne digne d’une balle de tennis, ces vêtements sont lacérés, il tient à peine debout » « il faut que quelqu’un l’ausculte ».  « Non c’est bon, on y va ». Le trio s’éloigne lentement, très lentement.  

 

Me voilà seul, sur la place, à attendre les secours. 35 secondes après, le noir de la nuit laisse la place au bleu des gyrophares. Désolé les gars, c’est trop tard. Merci, d’être venu. L’homme est reparti avec des amis. Bon, j’explique aux policiers, qui avaient accompagné les pompiers, les raisons de mon appel. L’un d’entre eux part avec sa lampe torche et revient au bout de quelques instants. « Il y avait du monde derrière mais ils ont déguerpi à la lueur ».

 

Après les questions d’usage, du moins j’imagine, les policiers me souhaitent une bonne soirée, rentrent dans leur voiture et redémarrent. Les pompiers font de même. Je remonte dans mon appartement. Je relance le film, vraiment aucun intérêt. C’est à ce moment que l’on réfléchit vraiment. C’est à ce moment que l’on se demande si l’on a risqué quelque chose en descendant. Peut-être. Mais si c’était mon gamin qui était allongé là par terre, j’aimerai vraiment qu’un inconnu s’enquière de sa santé et si besoin appelle les secours. Si j’étais arrivé pendant l’agression et bien j’aurai assumé. Tout comme j’aimerai que lorsqu’une personne est malmenée dans les transports en commun, les yeux ne se ferment pas et qu’au moins un homme ou une femme soit l’étincelle qui fasse réagir la communauté pour que cessent les actes malveillants.

 

J’espère sincèrement que le dénommé Djibril va bien et que ces copains, qui ne voulaient sûrement pas rencontrés pompiers et policiers, n’ont pas pris une décision dangereuse pour lui.

 

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